Dominique Cabrera, invitée d'honneur des 42es Rencontres
Dominique Cabrera n’est jamais venue à Gindou, c’est une anomalie ! Nous allons donc nous rattraper cette année de la plus belle des manières. Il y aura même comme un passage de témoin avec Yolande Moreau : souvenez-vous l’an dernier nous programmions Le Lait de la tendresse humaine réalisé en 2001, et peut-être aurons-nous aussi la chance (cela sera fonction du calendrier) de montrer son nouveau film, Des femmes comme les autres, tourné avec Yolande l’an dernier à Montpellier et qui sortira dans l’année.
Dominique Cabrera a réalisé à ce jour plus d’une trentaine de films et ce qui touche, ce qui impressionne dans sa filmographie, c'est son foisonnement, son éclectisme, passant avec une liberté aussi déconcertante que stimulante, du court au long métrage, du documentaire à la fiction, de films produits à des autoproductions.
Le titre de son premier film en 1981, qui s'intéressait à l'amicale des locataires d'une cité HLM de la région parisienne, sonne comme un manifeste, J'ai droit à la parole. Suivront une série d'autres documentaires sur la banlieue, parmi lesquels Chronique d’une banlieue ordinaire (1992) ou Une poste à La Courneuve (1994) qui ont fait date, produits en partie par ISKRA, la société de production cofondée par Chris Marker ce n'est pas neutre. Aller à la rencontre de femmes et d'hommes qui ont peu voix au chapitre mais font le cœur battant de la société, faire advenir regards, corps et voix, interroger les liens secrets entre individus et collectifs, c'est la démarche intime et politique à laquelle nous invite Dominique Cabrera.
Cette démarche, on la retrouve de façon éclatante dans ses films sur l'Algérie où elle est née avant l'indépendance. Cette thématique de la mémoire pied-noire qui lui est si personnelle parcourt toute son oeuvre jusqu'à son dernier film, Le cinquième plan de la jetée (2025), et ce n'est sans doute pas un hasard si elle est la matrice de son premier long métrage de fiction en 1997 avec Claude Brasseur et Roschdy Zem, L'autre côté de la mer.
Dans la recherche de Dominique Cabrera, citons aussi ses journaux filmés, Demain et encore demain (1997) et Grandir ô heureux jours (2013), dans lesquels elle se met en scène, se confie. Le geste est singulier, mais jamais indélicat pour le spectateur, et s'impose là encore comme le besoin impérieux de raconter et questionner son rapport au monde et à l'autre au moyen de sa caméra.
Ce trajet de soi vers l'autre et la dimension sociopolitique du cinéma de Dominique Cabrera est aussi dans ses films de fictions. C'est bien sûr un rapport différent au réel, aux êtres, aux corps, aux décors, mais portés par la même sensibilité, la même humanité, et des personnages qui n'ont de cesse, en dépit des contradictions et difficultés auxquelles ils sont confrontés, de se battre pour trouver leur place dans le monde et vivre ce qu'ils ont à vivre ! En témoigne la magnifique incarnation de la jeunesse qu'elle donne à voir dans Corniche Kennedy (2016) adapté du livre du même nom de Maylis De Kerangal.
Alors hâte d'accueillir Dominique Cabrera à Gindou pour une rétrospective qui n'embrassera pas toute sa filmographie faute de place dans notre grille, mais qui nous permettra de partager avec elle une expérience de vie et de cinéma enthousiasmante et tout à fait unique.






