Rencontres 2010 Les Films
Vagabondages cinématographiques
25ème carte blanche à la Cinémathèque de Toulouse Séances spéciales

  Abderrahmane Sissako, parrain de l'édition 2010
 

Abderrahmane Sissako est né le 13 octobre 1961 à Kiffa en Mauritanie. Il connaît très jeune l’exil et part s’installer au Mali sur les terres de son père, dans la ville de Bamako. Mais la dictature de Moussa Traoré l’oblige à retourner en Mauritanie où il retrouve sa mère. Fréquentant assidûment le Centre culturel soviétique basé à Nouakchott, il bénéficie
« d’une bourse de l’amitié entre les peuples » pour partir en 1981 en URSS. Après une année d’apprentissage de la langue russe il passe avec succès l’examen d’entrée du VGIK de Moscou (Institut Fédéral d’Etat du Cinéma).

En 1988 son film de fin d’études, Le Jeu, tourné au Turkménistan, est une évocation de la guerre et pourrait se passer n’importe où. A la suite de la prestigieuse école de cinéma russe, Abderrahmane Sissako s’installe en France et réalise en 1992 Octobre, moyen métrage qui raconte la rupture entre une femme russe et un Africain qui désire quitter la Russie. Le film est présenté à Cannes dans la sélection Un Certain Regard. Suivent des oeuvres entre fiction et documentaire : en 1994 un court métrage qui illustre une fable de La Fontaine, Le Chameau et les bâtons flottants, en 1996 un moyen métrage, Sabriya et en 1997 un long métrage documentaire, Rostov-Luanda dans lequel le réalisateur part à la recherche d’un ancien camarade angolais du VGIK de Rostov-sur-le-Don.

Puis c’est dans le cadre de la collection 2000 vu par… initiée par la maison de production Haut et court et Arte, qu’il réalise en 1998 La Vie sur terre, qui le révèle véritablement au public français : outre sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, le film fait l’objet d’une diffusion sur Arte et d’une sortie en salles. Il raconte l’histoire d’un cinéaste africain vivant en France qui, à la veille de l’an 2000, part retrouver son père à Sokolo au Mali.

Heremakono, en attendant le Bonheur en 2002 est son deuxième long métrage (présenté à Un Certain Regard à Cannes). L’action se déroule à Nouadhibou sur la côte mauritanienne, un jeune homme attend son départ vers l’Europe dans une petite ville dont il ne comprend pas la langue. Le réalisateur explore ici les thèmes qui lui sont chers de la quête d’identité et de l’exil intérieur.

Refusant l’emprisonnement de l’Afrique dans des stéréotypes, Abderrahmane Sissako investit ensuite avec audace le terrain de la pratique politique au cinéma avec son dernier film Bamako, présenté en Sélection officielle Hors compétition à Cannes et sorti en 2006. Il y reconstitue, dans la cour intérieure d’une maison de Bamako, un faux procès, celui engagé par les représentants de la société civile africaine contre la Banque Mondiale, le FMI et leurs programmes d’ajustement structurel jugés responsables depuis le début des années 80 de l’endettement et de l’appauvrissement de bon nombre de pays africains. En installant ce tribunal dans la cour où son père s’est éteint, Abderrahmane Sissako utilise la portée symbolique d’un lieu à la fois porteur de vie et de mort. Le tribunal y trouve sa légitimité, sa force et se confond avec le chahut des enfants. Par ce lieu de parole, il montre une Afrique « consciente de sa situation » qui s’interroge sur son avenir. La « cour publique » en Afrique est un lieu « ouvert et respectueux » qui permet à n’importe qui de s’exprimer. Bamako devient alors une belle leçon d’humilité et de pratique démocratique.

Depuis 2002, Abderrahmane Sissako mène également une activité de producteur au service d’autres réalisateurs, comme le tchadien Mahamat Saleh Haroun ou le kazakh Serik Aprymov. Signalons qu’il a parrainé dans le même esprit en 2009 avec Juliette Binoche, le Pavillon des Cinémas du Monde au Festival de Cannes consacré à la promotion des cinémas d’Afrique, d’Asie, d’Amérique Latine, d’Europe Centrale et Orientale, du Proche et du Moyen-Orient.

Enfin, des dates importantes dans l’histoire commune d’Abderrahmane et Gindou : 1991, année de sa première venue pour présenter Le Jeu ; 1993 où il revient présenter Octobre et 2002 pour Heremakono. Entre 1991 et aujourd’hui il est devenu un cinéaste majeur. Nous pourrons évoquer avec lui le rôle des festivals comme le nôtre dans l’émergence de jeunes réalisateurs et nous ferons aussi avec lui un retour remarqué au continent africain, l’année où de nombreux pays africains fêtent le cinquantenaire de leur indépendance.

Filmographie en tant que réalisateur :
2006. Bamako. LM
2002. Heremakono, en attendant le bonheur. LM
1998. La Vie sur terre. LM
1997. Rostov-Luanda. LM documentaire
1996. Sabriya. MM
1994. Le Chameau et les bâtons flottants. CM
1993. Octobre. MM
1989. Le Jeu. Film de fin d’études. CM

Filmographie en tant que producteur :
2006. Daratt saison sèche de Mahamat Saleh Haroun. LM
2005. Le Chasseur de Serik Aprymov. LM
2002. Abouna de Mahamat Saleh Haroun. LM

Programmation de la rétrospective et carte blanche à Abderrahmane Sissako :
La soirée d’ouverture lui est consacrée et l’hommage se déroule au rythme d’une projection quotidienne, en présence d’Abderrahmane qui a choisi de compléter cette programmation avec des films du cinéaste iranien Jafar Panahi, récemment libéré de la prison de Téhéran.

Longs métrages d’Abderrahmane Sissako :

Bamako
Mali, France. 2006. 118’
Melé est chanteuse dans un bar, son mari Chaka est sans travail, leur couple se déchire... Dans la cour de la maison qu'ils partagent avec d'autres familles, un tribunal a été installé. Des représentants de la société civile africaine ont engagé une procédure judiciaire contre la Banque mondiale et le FMI qu'ils jugent responsables du drame qui secoue l'Afrique. Entre plaidoiries et témoignages, la vie continue dans la cour. Chaka semble indifférent à cette volonté inédite de l'Afrique de réclamer ses droits...

Heremakono, en attendant le bonheur
Mauritanie, France. 2002. 95’
Nouadhibou est une ville de pêcheurs arrimée à une presqu'île de la côte mauritanienne. Abdallah, un Malien âgé de dix-sept ans, y retrouve sa mère, en attendant son départ vers l'Europe. Dans ce lieu d'exil et de fragiles espoirs, le jeune homme, qui ne comprend pas la langue, tente de déchiffrer l'univers qui l'entoure : Nana, une sensuelle jeune femme qui cherche à le séduire ; Makan, qui, comme lui, rêve de l'Europe ; Maata, un ancien pêcheur reconverti en électricien et son apprenti disciple, Kahtra. C'est lui qui enseigne à Abdallah la langue locale pour que ce dernier puisse rompre le silence auquel il est condamné...

La Vie sur terre
Mauritanie, Mali, France. 1997. 61’
Abderrahmane Sissako, qui vit en France, retourne a Sokolo, un petit village du Mali, retrouver son père. Ses errances dans les ruelles sont le début d'une réflexion sur la relation jamais apaisée entre l'Afrique et l'Europe. Parallèlement, il rencontre Nana et nouera avec elle une relation singulière.

Courts métrages d’Abderrahmane Sissako :

Le Chameau et les bâtons flottants
France. 1994. Vidéo. 6’
Version maure de la fable de La Fontaine. Ou comment un objet, inquiétant de loin, se réduit à pas grand chose quand on l'a sous les yeux… "Le premier qui vit un chameau S'enfuit à cet objet nouveau ; Le second approcha ; le troisième osa faire Un licou pour le dromadaire." (Jean de La Fontaine)

Le Jeu
Mauritanie. 1988. 35mm. N&B. 26’
Quelque part dans le désert, la guerre. Le père d'Ahmed, après une journée passée en compagnie de sa femme et de son fils, doit rejoindre le front. Pendant ce temps, les enfants jouent. Ils jouent à la guerre.

Octobre
Mauritanie. 1992. 35mm. N&B. 37’
Idrissa quitte Moscou et Ira, venue à ce dernier rendez-vous d'amoureux pour lui dire adieu. Encore une fois, les amants mal aimés se font des adieux interminables dans cette maison perdue au fin fond de Moscou. Les voisins qui les ont rejetés sont eux aussi au rendez-vous devant leur porte en cette nuit d'octobre.

Rostov Luanda
France. 1997. Vidéo. 1h
En 1980, Abderrahmane Sissako rencontrait Baribanga. C’était en URSS, à Rostov sur le Don. Le premier, mauritanien, ira ensuite étudier le cinéma à Moscou. Le second, angolais, était un jeune combattant de la guerre de libération. Seize ans plus tard, le cinéaste part pour Luanda, la capitale angolaise, sur les traces de son ami perdu de vue, avec sa caméra et pour seul indice une photo.

Sabriya, le carré de l’échiquier
Tunisie. 1997. Vidéo. 26’
"Le carré de l'échiquier" est un café perdu dans le sable. La préoccupation première de ses consommateurs : les échecs. Said et Rajah, propriétaires et amis d'enfance, vivent là en toute harmonie, au rythme du temps et du jeu. Un jour, le hasard introduit brutalement dans leur univers.

Longs métrages de Jafar Panahi :

Hors jeu
Iran. 2006. 88’
Qui est cet étrange garçon assis tranquillement dans le coin d'un bus rempli de supporters déchaînés en route pour un match de foot ? En réalité, ce garçon effacé est une fille déguisée. En Iran, les femmes aussi aiment le foot mais elles ne sont pas autorisées à entrer dans les stades. Avant que le match ne commence, elle est arrêtée et confiée à la brigade des mœurs. Pourtant, cette jeune fille refuse d'abandonner. Elle use de toutes les techniques possibles pour voir le match, malgré tout.

Sang et or
Iran 2004. 97’
A Téhéran, Hussein abat le propriétaire d'une bijouterie d'un coup de revolver avant de retourner l'arme contre lui. Quelques jours plus tôt... Ce modeste livreur de pizzas s'extasie devant un sac rempli de billets de banque trouvé par son ami Ali. L'espace d'une nuit, Hussein va connaître la vie de luxe que son salaire de misère ne pourrait jamais le laisser entrevoir. Au matin, il retourne à la bijouterie.

Le Cercle
Iran, Suisse, Italie. 2000. 90’
Solmaz Gholami accouche d'une fillette, alors que l'échographie laissait espérer un garçon. Elle et son bébé deviennent indésirables et sa belle-famille, furieuse d'avoir été "dupée", la contraint au divorce. Trois prisonnières en liberté provisoire, Arezou, Nargess et Nayereh s'enfuient. Mais le manque d'argent les pousse à un acte désespéré. Mojgane, jeune femme sans papiers ni compagnon de voyage, en est réduite à mendier. Après s'être évadée pour se faire avorter malgré de nombreux refus, Pari, une femme célibataire, subit les violences de ses frères qui la chassent du domicile familial. Surveillées en permanence, soumises à une pesante bureaucratie et à des discriminations qui remontent à la nuit des temps, ces femmes voient leurs itinéraires se croiser dans une ambiance de plus en plus dramatique. Mais ces pressions étouffantes n'entament en rien le courage de leur cercle.

Le Miroir
Iran. 1996. 93’
Mina est perdue : sa mère n'est pas venue la chercher à la sortie de l'école, et elle ne connaît pas le chemin du retour...

Le Ballon blanc
Iran. 1995. 85’
La jeune Razieh obéit à la coutume de son pays : comme chaque premier jour de printemps, elle va acheter un poisson rouge.

 

Abderrahmane Sissako
Abderrahmane Sissako. Gindou 2002


Heremakono, en attendant le bonheur


Bamako


La Vie sur terre


Bamako


Heremakono, en attendant le bonheur


Hors jeu


Sang et or


Le Cercle





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