Au moins depuis
Dominique Fernandez, nous savons tous que la Méditerranée
est aussi une mère. Qu’on ne s’étonne
pas alors que la Femme (avec une majuscule de rigueur) occupe une
place centrale dans toutes les mythologies qui d’Istanbul à Gibraltar
irriguent les cultures, les fantasmes, en un mot tout ce qui fait
vivre ceux pour qui la " grande bleue " représente
un horizon sans fin. Au delà des blessures de l’histoire
et des guerres de religions, il y à là, incontestablement,
une marque de famille. Comme tous les autres arts, comme la littérature,
le cinéma en apporte constamment le témoignage.
En choisissant dans le cadre de notre " carte blanche " des œuvres
aussi différentes que La cité des femmes (Fellini),
Cri de femmes (Dassin), Carmen (Rosi) et Prénom Carmen (Godard)
nous avons voulu montrer combien cette image de la femme méditerranéenne
pouvait se décliner à toutes les formes du désir… et
de la crainte. Carmen l’indomptable pourrait en être
la figure de proue. Fellini et Jules Dassin (avec Melina Mercouri)
poursuivent en Italie et en Grèce, ce même souci de
replacer la femme (ou les femmes) dans un paysage. A partir de
là, chacun est libre de partir à sa guise sur des
chemins, où, qu’elle soit mère, sœur,
fille ou épouse, qu’elle soit sainte ou prostituée,
dominatrice ou soumise, la femme méditerranéenne
représente, sinon " l’avenir de l’homme ",
du moins sa mémoire vive. Quelque part… ou plutôt
partout, entre la terre ferme et le grand vent du large.
Pierre Cadars, Délégué Général
de la Cinémathèque de Toulouse
Les cinq films proposés cette année
sont :
Cri de femmes de Jules Dassin
USA. 1978
Deux femmes face à face. Une grande comédienne de
renom international Maya (Mélina Mercouri) qui répète
la " Médée " d’Euripide dans le théâtre
antique de Delphes. Une Américaine Brenda Collins, (Ellen
Burstyn) en prison pour avoir, comme Médée, tué ses
enfants dans une crise de désespoir provoquée par
l’infidélité de son mari. Pour alimenter sa
publicité, Maya accepte de rencontrer Brenda. Cette entrevue
tourne mal. Puis les deux femmes se revoient, permettant à Maya
de mieux comprendre les motivations de son personnage. Elle modifie
son interprétation en même temps qu’elle se
remet en question. Lors de la générale, Maya est
une Médée humaine et pathétique. En prison,
Brenda crie sa douleur et son désespoir.
Une Goutte d'amour
d'Atif Yilmaz
Turquie. 1984
Un jeune homme et une jeune
femme s’installent en ville.
Mal mariés, ils cherchent chacun de leur côté une
issue à leurs problèmes sentimentaux vécus
au milieu de difficultés matérielles et sous le poids
des coutumes. La femme, bravant toutes les traditions, se prendra
en charge, assumera sa sexualité, congédiera son
mari impuissant dans tous les sens du terme et cherchera à retrouver
l’équilibre indispensable dans l’amour.
Carmen
de Francesco Rosi
France / Italie. 1984
Séville, vers 1820. Carmen, une ardente gitane, séduit
le brigadier Don José. A la suite d’un duel, il déserte
et la rejoint dans la montagne. Mais Carmen est maintenant amoureuse
du torero Escamillo. Plus tard, aux arènes de Séville
où se produit Escamillo, Don José demande à Carmen
de revenir à lui. Elle refuse. Il la poignarde.
La Cité des femmes
de Federico Fellini
France / Italie. 1980
Lors de l’arrêt d’un train en pleine campagne,
un vieux séducteur, Snaporaz, rencontre une belle voyageuse
et la suit. Elle l’emmène dans un monde de femmes.
Mais tout cela n’est qu’un rêve… ou un
cauchemar. Snaropaz se réveille pour s’apercevoir
que les femmes qui peuplaient ses rêves se sont matérialisées.
Prénom Carmen
de Jean-Luc Godard
France. 1983
Carmen, ayant besoin d’argent pour tourner
un film avec ses amis, attaque une banque. Joseph, un jeune gendarme,
se sauve avec elle au bord de la mer dans l’appartement de
l’oncle
Jean, un cinéaste désabusé. Ce dernier participe à la
réalisation du film dont l’action est située
dans un grand hôtel. Ce n’est en fait qu’une
diversion…