Montrer Le
Voyage de Peter Watkins à la page Cinéma différent
de notre festival semble procéder d’une double évidence.
Ce film est différent par sa durée : 14h30
partagées en six parties à suivre dans le Cinémobile.
Son titre ne laisse aucun doute : il est dans la thématique
du voyage ! Et après ? Après, allons plus loin, à d’autres
lieux de croisements et d’évidences, entre le
parcours de Peter Watkins, son œuvre-fleuve et les
Rencontres 2001.
Pour nous cette année, le voyage c’était
un sujet général, beau, complexe, un cap à tenir
; pour Peter Watkins, à plus de soixante ans, outre
ce film c’est toute une histoire, l’expression
de son travail, de ses " luttes ", de ses déceptions
autant que de ses espoirs.
Anglais d’origine né en 1935, Peter Watkins réalise
son premier téléfilm professionnel avec la BBC
en 1964, Culloden, qui raconte une bataille historique de 1746
entre Anglais et Écossais. Sa manière de mélanger
le documentaire et le dramatique est saluée, l’événement
relaté est lointain, son ton novateur passe. Avec La
Bombe (1965), essai de politique-fiction traité sur
le mode du reportage en direct qui imagine les horreurs d’une
attaque nucléaire contre la Grande-Bretagne, " le
style " Watkins se fait définitivement connaître
mais ne passe plus, sujet trop sensible. Le film remporte certes
l’Oscar du meilleur documentaire en 1966, mais la BBC
interdit son passage à la télévision – interdiction
qui vaudra pendant 20 ans pour quelque pays que ce soit ! –. " En
1965, je suis devenu un subversif " explique-t-il. Privilège
(1966), qui dénonce mass-médias, industrie de
la musique pop et establishment britannique, enfonce le clou.
Cible d’attaques répétées de la
part des médias, la pression est forte et Peter Watkins
choisit en 1968 de quitter la Grande-Bretagne. Premier départ.
Il déménage en Suède et subit le même
sort avec le " pacifiste " Gladiators (1969). Nouveau
départ, nouvel exil, cette fois aux États-Unis
où il met en scène – manipule ! – dans
Punishment Park (1970) la politique intérieure répressive
du gouvernement Nixon. La presse est virulente, le film reste
quatre jours à l’affiche à New-York – il
n’a jamais depuis été diffusé aux États-Unis,
ni au cinéma, ni à la télévision –.
Peter Watkins reprend sa route, s’installe en Norvège.
Il tourne pour la télévision un film biographique
sur le peintre Edvard Munch (1973) bien accueilli semble-t-il,
avant d’aborder au Danemark le problème du suicide
parmi les jeunes dans Seventies People (1974) et de s’en
prendre aux méthodes antiterroristes dans Evening Land
(1976). Nouvelles attaques de la presse, nouvelle censure,
retour en Suède. Il y aura encore deux commandes de
télévisions, l’une suédoise sur
l’auteur dramatique August Strindberg, l’autre
anglaise pour une suite de La Bombe, que toutes deux annuleront.
En 1983, grâce au soutien d’un important mouvement
suédois pour la paix et à la souscription internationale
de mouvements pacifistes, il entreprend Le Voyage qui n’obtient
aucun soutien des télévisions, ni pour la production,
ni pour la diffusion. En 1992, il reprend dans le cadre d’un
cours qu’il donne à Stockholm son projet avorté sur
Strindberg The Freethinker, refusé par les principales
télévisions nordiques… Son dernier film
est La Commune réalisé en 1999, toujours controversé.
Censuré, une fois, puis deux, etc, Watkins aurait pu
comme cinéaste, soit s’assagir, soit renoncer.
Au lieu de cela, il a préféré s’exiler
d’un pays à l’autre pour pouvoir continuer à tourner
selon ses idées et ses méthodes. Obstiné,
déterminé. Mieux, ignoré et dénigré,
il a très tôt multiplié les voyages en
Europe, en Amérique du Nord, en Scandinavie, en Australie,
pour faire exister son travail différemment. Il y a
tenu des conférences sur ses sujets de prédilection
(le pouvoir des mass-médias, l’effet des armes
nucléaires, l’ampleur de la courses aux armements)
; il y est intervenu dans les écoles, lycées,
universités, avec ou sans ses films, s’inscrivant
dans une optique d’ éducation à l’image.
Peter Watkins est donc un réalisateur – anglais
? – pris d’errance, par la force des choses, par
persévérance. N’en déplaise à ceux
qui posent limites et frontières – surtout au
milieu des années 80 – , il trouve d’autres
moyens matériels pour mettre sur pied son projet le
plus personnel et le plus international : Le Voyage. " J’aurais
pu me contenter d’en monter trois heures. Mais ç’aurait été sacrifier à la
normalité. J’en ai monté quatorze par envie
et par défi. Je voulais rendre grâce à ces
gens qui avaient accepté de travailler avec moi " dit-il,
mi-bravache, mi-naïf.
Et voilà comment son pari hors-normes a croisé Gindou.
En quelque sorte notre vocation générale, et à cette
rubrique en particulier, est bien d’accepter de ces expériences
cinématographiques authentiques, indépendantes, écartées
des réseaux classiques de diffusion audiovisuelle. Ainsi,
notre volonté de montrer Le Voyage, vu trois fois seulement à la
télévision (à New-York et au Canada) ;
en France, passé à sa sortie dans une salle parisienne
pendant quatre semaines, depuis ponctuellement programmé dans
le cadre de manifestations spéciales. Ainsi, remplir
notre mission de festival – marché alternatif
de diffusion – et inviter le public à (re)découvrir
un film rare et différent, et à réagir
dessus bien entendu. Que l’on peut prendre en cours parce
que son auteur à veiller pour des fins pédagogiques à l’organiser
en épisodes de 45 minutes. Un documentaire régi
par une démarche pleine d’actualité, en
ce qu’elle a pour principe de donner la parole sur de
grands problèmes du monde à des gens ordinaires,
sur un ton sincère et informel. Ainsi, rendre justice à un
réalisateur contestataire, nomade et inclassable, dont
les films sont devenus pratiquement invisibles, pour s’être
heurté si souvent à cette question récurrente,
douloureuse, fondamentale du droit à la diffusion.
Sébastien Lasserre. |
de Peter
Watkins. 1988. 14h30
Pendant 6 mois, Watkins a parcouru
le monde pour un long "voyage",
un défi fou : dans chaque pays, interroger une famille
sur l'armement nucléaire. Réponse unanime
: le monde veut vivre en paix : Polynésie, URSS, États
Unis, Écosse, japon, tous les pays du monde sont
représentés par une famille témoin.
Watkins la présente au public, puis fait parler
en lui demandant de bien fixer la caméra de sorte
que le spectateur se sente concerné. Chacune des
ces familles commente les images qui lui sont présentées
: documents secrets, archives télévisées,
campagnes d'hommes politiques, ... Unanimes ! Toutes sont
contre l'armement et pour la paix. Watkins montre également
la sous information de ceux dont les vies ont été affectées
ou vont être affectées par le nucléaire
(bombardements, expériences, présences d'usines,...)
Il explique que, puisque tout est fait pour maintenir la
course aux armements, l'utilisation officielle du langage
aide à étouffer une véritable communication
et à maintenir l'information sous le contrôle
des autorités. |