Scénario écrit par Michaël Morera,
lauréat du concours « Notre histoire vraie »

Adaptation par Alain Gomis et Michaël Morera

Ahmed

 


1 - Garage entreprise – Int.jour

Le visage d'Ahmed qui balaye, une casquette de l'entreprise sur la tête. Ils sont immédiatement en mouvement. Le patron semble poursuivre Ahmed, et celui-ci semble fuir. Ils font une drôle de chorégraphie, Ahmed faisant tout pour ne pas se retrouver face à face et bloqué... essaye de l'éviter comme il peut.

Patron

J'ai du boulot pour toi, mon gars. Quand t'auras fini tes trucs, tu files à… hum au numéro 22 de la rue Saint Juste.

Il lui tend un bout de papier avec l'adresse et indique un carton de télévision.

Ahmed

Pas de problème m'sieur.

Patron

Hum… ouais … bon c'est pour une télé. Faut la lui ramener. Prends un plan pour trouver le lieu et surtout pas de grabuge, ok ?

Ahmed

Oui m'sieur.

Patron

J'compte sur toi, mon gars !

Ahmed

Ouais, pas de problème monsieur.

Chacun de dos, Ahmed et son patron s'insultent mutuellement, discrètement entre leurs dents.

Patron

Abruti.

Ahmed

Vieux con.

 

2 - quartier pavillonnaire – Ext.jour

Au volant d'une camionnette, Ahmed parcourt les petites rues à la recherche de l'adresse indiquée. Il tourne, cherche, fait demi-tour. Soudain apparaît devant lui une énorme grille de fer.

Ahmed

Bordel…

Tout au bout d'une impasse, derrière une grande grille, une petite maison délabrée est perdue derrière d'épais feuillage. L'endroit semble abandonné. Pourtant, il s'agît bien du numéro 22. Ahmed est descendu de voiture et cherche à travers les feuillage une quelconque trace de vie.

Nulle trace de sonnette, alors Ahmed pousse timidement la grille qui s'ouvre. Il réajuste son pantalon, s'aplanit les sourcils et fièrement s'avance vers la maison. Ahmed traverse le jardin touffu et arrive sur le pas de la porte.

Peu rassuré, il tape à la porte.

VOIX HOMME rauque (off)

Oui, oui me voilà !… J'espère que c'est important parce que, voyez vous…

La porte s'ouvre et laisse apparaître un homme de soixante-dix ans portant  une longue barbe blanche, grand et robuste, africain, le torse nu bombé vers l'avant, il porte le burnous des spahis algériens, leur coiffe, son pantalon bouffant bleu est celui des tirailleurs sénégalais, et ses pieds sont nus.

André

…Parce que je sors des toilettes à l'instant. A mon âge…

Il lui tend la main, solennellement, sans se rendre compte. Ahmed gêné n'ose lui serrer la main. Il se penche alors soudainement pour lui faire la bise. André, surpris, continue.

André

Vous êtes un de ces témoins de Jéhovah, pas vrai. Vous n'êtes pas d'ici vous ?

 Ahmed

Non…

André

Vous me plaisez bien. Ça me change de toutes ces mêmes têtes, tous des vipères ou des ânes. Vous savez dans un endroit si clos, on finit toujours par s'ennuyer. Les gens sont gris ici comme les matins d'hiver. Mais faut dire que d'un autre côté, ici, on évite les ennuis et l'environnement reste beau. C'est un choix à faire tout de même. A mon âge tout de même, on ne peut plus se permettre de batifoler à droite et à gauche. J'ai été obligé de me poser, moi, avec tous mes problèmes. Si vous saviez…. La fatigue seule…

Ahmed tente vainement de s'exprimer mais n'arrive à placer sa phrase de manière polie. Il essaie de faire comprendre à son interlocuteur son désir de rentrer en regardant par dessus l'épaule de ce dernier, se penchant de droite à gauche.

André

… me tiraillent les os. Mais je suis un vieux tirailleur. 10ème RTS. J'ai sauvé la France. Je sais qu'elle m'est reconnaissante.

Hier par exemple, je me suis levé avec une telle douleur dans les jambes et au fil de la journée, ça n'a cessé de s'amplifier, lentement mais pourtant cruellement. Ça m'est monté au torse, au bras, à la tête. Et puis enfin, c'est rentré dans mon cœur, comme un coup de poignard. Je me suis écroulé au sol sous l'impact de la douleur. Ensuite j'ai pas pu dormir.

Enfin bon, m'en parlez pas. Qu'en je suis parti aux waters, encore pire… Oh bonté divine, j'ai failli oublier. Entrez donc, allez entrez…

   

3 - Maison ANDRÉ – Int jour

Il le fait entrer et le conduit jusqu' au salon, petit mais rempli de bric à brac.

André

Attendez-moi là. Je dois finir mon affaire.

Il s'en va. Ahmed le regarde partir, exaspéré et dégoûté.

André (au loin, criant)

Prenez vos aises. Profitez en pour visiter.

Ahmed s'exécute. Il regarde distraitement des tableaux, tapote les meubles de bois et évalue du bout du doigt l'importance de la couche de poussière. Il enlève sa casquette, se gratte la tête, jette un regard tout autour de lui.
Il regarde l'escalier qui mène au premier, essaye de voir. Rien, coincé.
Ahmed exaspéré se jette sur le canapé du salon.

 

4 - Maison ANDRÉ – ext jour

Ahmed ouvre sa camionnette et s'empare du carton qu'elle transportait.

André

Vous êtes sûr que je peux pas vous aider.

Ahmed

Non, non je crois pouvoir y arriver seul.

André

Faites attention, ça glisse. Prenez le coin, là ! Le coin !

Ahmed

Lequel ? Où ?

André

Celui-là ! Non l'autre ! Passez-la…

Il tente de prendre le carton tandis qu'Ahmed lutte contre. La télé tombe au sol. Un bruit de craquement vient ponctuer la chute. Les deux acolytes se regardent perplexes.

5 - Maison ANDRÉ – Int jour

La télé, hors de l'emballage est examinée par Ahmed. Il tente de l'allumer et n'obtient comme résultat qu'un fin panache de fumée s'élevant par les ventilations de l'appareil.

André

Vous croyez que je pourrais voir la météo ce soir ?

Ahmed

J'en doute…

André

J'aurais peut-être mieux fait de la porter moi-même. En somme…

Ahmed se tourne vers lui, l'air agacé.

Ahmed

Écoutez, je vais devoir la ramener. Heu je pense que cette réparation-ci ne vous sera pas facturée. Bon j'suis vraiment désolé mais je vais devoir y aller tout de suite. Ça fait déjà…

Il regarde sa montre.

Ahmed

Trois… Trois heures que je poireaute ici !

André

Vous savez c'est pas grave j'ai toujours un poste au cas où. Celui-là semble de toute façon bon pour la casse, vous pouvez le garder.

Ahmed le regarde, interdit.

André

Pars pas si vite, mon petit. On n'a même pas eu le temps de faire connaissance. Viens donc prendre un verre.

Ahmed est déjà remonté dans sa camionnette et démarre brusquement. André, le regarde partir, mélancolique, au milieu de la route.

 

6 - garage entreprise – int jour

Ahmed marche plus vite, poursuivi par son patron. Il est presque collé à lui, dans son dos. Ahmed tourne d'abord en rond, change de direction, revient sur ses pas, regarde ailleurs, toujours poursuivi par l'homme d'une cinquantaine d'années.

Patron

Tu te fous de ma gueule ?

Ahmed

Non.

Patron

Constipé. Il était constipé ?

Ahmed

Oui …

Patron

Non mais dis-moi à quoi tu penses franchement, à quoi tu penses hein?

Ahmed (pour lui)

A ta sale gueule sale pignouf…

Patron

T'es pas nouveau ici pourtant ! Alors quoi ! Ça fait combien de temps que t'es ici , hein ?

Ahmed (pour lui)

Trop longtemps à mon goût.

Patron

Tu te crois où, hein ? J'sais pas comment c'est chez toi mais ici y a des règles, c'est pas la jungle ici, vu!

Constipé! Cooonnstipé ! Ha ! C'qui faut pas entendre !

Ahmed (pour lui)

Pleut tout le temps.

Patron

C'est qu'il en a de l'imagination l'petit.

Ahmed (pour lui)

Tout est gris et froid.

Patron

Trouve mieux, c'est mon conseil.

Ahmed (pour lui)

Même les gens y sont froids…

Patron

Et en parlant de conseil, n'oublie jamais celui-là, mon petit, jamais: ici c'est chez moi, et personne, personne, ne me marchera sur les pieds… Vu !

Ahmed

Glacé même.

André

Bonjour !...

Vêtu d'une lourde couronne, d'un sceptre, d'une grande cape et d'un parapluie ornemental.

André

Hé mon petit ! C'est toi, ha, j'ai bien d'la chance... C'est là un garçon formidable que vous avez... Il a été admirable.

Il lui fait la bise. Le patron d'Ahmed regarde la scène médusé.

 

7 -  Maison ANDRÉ – Int jour

Ahmed  finit de brancher les câbles du poste de télévision d'André.

Ahmed

Et voilà ça devrait être bon, cette fois ci.

André

Hé j'espère bien ça fait deux semaines tout de même que je poireaute…

Ahmed

Ça vous a pas empêcher de venir chaque jour vérifier au local si le poste était prêt.

André

Mais il fallait, petit, il le fallait. C'est comme la fois où j'étais politicien et que les Russes…

Ahmed

Vous avez déjà fait de la politique, vous ?

André

Hé quoi, pourquoi je ne pourrais pas ! On ne lit  pas dans les visages comme dans des livres ouverts, voyons ! J'ai une vie secrète, tu sais !

Ahmed se redresse et allume la télé.

Ahmed

C'est bon, ça marche !

Il vient s'asseoir au coté d'André sur le canapé. Regardant la télé et sans détourner les yeux, il lui dit.

Ahmed

Une vie secrète hein ? Mais au rythme où vous les dévoilez vos secrets, bientôt je les connaîtrai tous.

André

Alors ça ! Sache mon petit que tu ne connais qu'une infime poussière des détails qui ont jalonnés mon existence rocambolesque. Et par ailleurs je préfère que l'on me tutoie. Mon implication dans l'élaboration du monde moderne tel que tu le connais, bien qu'inavouée, reste parmi les plus importantes de toute l'histoire du vingtième siècle. C'est moi qui devais libérer Paris. Mais on m'a arrêté, ils ont préféré De Gaulle et d'autres de ses amis qui lui ressemblaient. Et moi ils m'ont arrêté à quelques kilomètres.

Ahmed

Sans aucun doute, ça ne serait pas étonnant de la part d'un retraité modeste qui habite dans un taudis sans nom, comme vous, comme toi.

André

Hé bien c'est avant tout pour la couverture. De plus je n'apprécie guère que l'on insulte ma demeure. Certes c'est désordonné mais c'est comme ma vie.

Il se lève et s'approche des nombreuses piles de magazines, revues, livres, feuilles, journaux ou autres qui jalonnent le salon. Il attrape des documents au hasard, les observe distraitement tout en parlant et les rejette sur une autre pile. Ahmed l'écoute amusé, ces monologues théâtraux ne l'impressionne d'ores et déjà plus.

André

Ha ma vie ! Une vie de misères. Mes mésaventures m'auront usé jusqu'à la corne. Regardes ces mains, elles ont traîné partout... elles ont leurs propres vies, ces mains. Et la voilà leur vie. Tout ça, tout ce que tu vois, autour de toi. J'ai tout gardé. C'est mon musée ici. Regardes ces objets et comprends moi. Ces livres, ces souvenirs, ces dessins, ces notes…

Alors qu'il continue de saisir ça et là des objets. Soudain une feuille lui résiste, il tire avec force et emporte dans son mouvement tout une pile. Les tas de souvenirs s'effondrent et André est noyé dans une mer de papier. La figure noire d'un piano apparaît au milieu des décombres.

Ahmed

Ça va? Vous ne vous êtes pas fait mal ?

André

Voyons, appelle moi André. Je t'appellerai Ahmed.

AHMED

C'est votre vrai prénom ?

 André

Oui, pourquoi ?

Ahmed

Je ne savais pas que tu avais un piano.

André

J'en ai un en effet. Un héritage. Légué par un colonel mort au champ d'honneur à qui je n'ai pas pu sauver la vie, mais qui dans son dernier souffle voulut récompenser ma bravoure.

Il se relève enfin avec difficulté et tousse.

Ahmed

Vous savez en jouer.

André se dresse comme un I.

André

Bien sûr... J'dois dire que je m'en tire pas trop mal. Des mois durant, elle... me l'a appris.

Ces yeux brillants partent dans ses douces pensées...

Ahmed

J'aurais aimé jouer du piano.

André

Et bien pourquoi pas ?

Ahmed

Pourquoi pas quoi ?

André

Pourquoi n'en jouerais-tu pas ?

Ahmed

Et bien heu j'ai pas le temps tout simplement.

André

Quand on veut, on peut.

Ahmed

Je suis trop vieux pour ça, je n'y arriverais jamais.

André

Quand on veut, on…

Ahmed

Oui peut être, mais je n'ai même pas de piano.

André

Le mien est à ta disposition.

Ahmed

Et les cours ! Il faudra les payer les cours !

André

Je serais à ta disposition !

Ahmed

Ha ça non !

André

Comment ça non ! C'est comme ça que tu me remercies !

Ahmed

Non, non, mais merci...

André

Comment ça ! Qu'est ce que tu insinues ?

Ahmed

Les histoires de batailles et d'espionnage...

André

Oui ?

Ahmed

Enfin, c'est surtout que quand vous êtes parti dans vos histoires…

André

Oui ?

Ahmed

Tu ne vas plus pouvoir parler.

André

Ha l'ingrat ! Je m'en doutais !

Ahmed

Bon très bien… on peut essayer… juste pour voir… après tout.

André

Alors marché conclu ?

Ahmed

Marché conclu.

André

Super ! Viens quand tu veux, je suis toujours là et tu seras toujours le bienvenu. Excellent, tu verras, je ferais de toi un virtuose…

Bon de quoi on était en train de parler avant ça ?

Le visage de Ahmed se referme.

 

8 - Maison ANDRÉ - inT. JOUR

André et Ahmed sont assis côte à côte devant le piano.

André

Chopin, opus 28, n° 15.

Ahmed

Chopin ?

André

C'est parfait. C'est un fils d'immigré français en Pologne. Et sa mère, polonaise, était femme de ménage.

Ahmed

Tu dis ça pourquoi ?

André

La beauté est à tout le monde.

Un temps.

André

Alors...

André s'apprête à jouer.

Ahmed

Y'a pas de partition ?

André

Pour quoi faire ? Tu sais lire la musique ?

Ahmed

Non. Mais tu pourrais m'apprendre.

André

...

Ahmed

Tu sais lire une partition ?

André

Évidemment !...

Ahmed sourit.

Ahmed

Tu connais beaucoup de morceaux ?

André

Je connais celui-là, c'est déjà bien.

Ahmed l'observe incrédule, son allure, ses grands gestes pour s'installer.

André commence à interpréter gracieusement le début du prélude...

 

9 - Maison ANDRÉ - int. Jour

Ahmed joue maladroitement le même début.

A plusieurs reprises, laborieusement Ahmed reprend.

André, qui porte aujourd'hui un uniforme prussien, marche dans la pièce une baguette en acajou à la main, le buste droit, comme un commandant germanique.

 

10 - MAISON ANDRÉ - iNT. JOUR

Ahmed qui joue déjà mieux reprend la première partie.

André habillé d'un poncho recouvert de médailles, une pipe à la bouche, parcourt le long de son mur les souvenirs qu'il a accumulés...

 

11 - MAISON ANDRÉ - iNT. JOUR

Ahmed finit de jouer la première partie encore maladroitement.

André, la tête tournée vers le mur, se masse la nuque, son regard est rêveur, il sourit, puis il devient plus pensif...

Ahmed est concentré et parvient à la fin du premier mouvement et attaque le second avec grande difficulté.

André sort de sa rêverie et le rejoint au piano. D'un geste il lui demande de se pousser sur le coin du siège, ce que fait Ahmed, et s'assoit à son aise.

Il débute la seconde partie. Plus sombre, André la joue avec force et énergie, les sourcils froncés...

Ahmed le regard concentré, avec un sourire toujours incrédule mais teinté d'admiration.

André (s' interrompant brutalement)

Tu vois. C'est simple.

Un temps. Ahmed considère André...

 Ahmed

T'es arrivé quand en France ?

André

A la libération

 
 

je t'ai dit. J'ai failli libérer Paris.

Ahmed

Ah c'est vrai j'avais oublié. Et t'es resté ?

André

J'ai attendu qu'on me remercie.

Ahmed rit, sévère André se tourne vers lui.

Ahmed

Oh pardon.

Il reprend laborieusement.

 

12 - MAISON ANDRÉ - iNT. JOUR

Par le montage, Ahmed et André se succèdent au piano, interprétant chacun leur tour le morceau dans sa progression. (Ceci ce déroule sur plusieurs mois tout en étant très lié).

Ils se succèdent aussi, dans leur errance dans la pièce, tantôt pensif, tantôt absorbé par la musique, observateur de l'autre, attentif, fier... Et puis à nouveau sur eux-mêmes, regardant les souvenirs hétéroclites, ou pensifs, profonds, suspendus, légers, graves, souriants... Sur certaines photos on croirait reconnaître André plus jeune. Les souvenirs eux-mêmes sont tours à tours futiles, grinçants, amers, guignolesques...

Leurs visages se succèdent devant le piano. Et le niveau d'Ahmed se rapproche de celui d'André... Jusqu'à se rejoindre... Ahmed dodeline maintenant du buste de la même façon qu'André... Et doucement, il trouve son propre mouvement.

Debout André regarde Ahmed, emporté... Il a un sourire fier et serein. Quelque chose qui mélange la satisfaction, et puis de la tendresse.

André se tourne et s'éloigne doucement.

Il est maintenant torse nu, une chéchia rouge sur la tête. Il s'assoit sur le canapé.

Assis sur le canapé, André s'affale. Comme seul maintenant, il a l'air fier et digne, les yeux fermés, un petit rictus au bord des lèves, puis serein.
Il semble un peu fatigué. Il sourit en écoutant le piano. Il retire sa coiffe et respire profondément. A plusieurs reprises ses yeux se ferment, comme de longs clignements, de plus en plus longs. Parfois un sourire, parfois quelque chose de plus mystérieux... Il monte sa main qu'il laisse légèrement tomber sur le bas de son front, et en passant les doigts sur son visage, il ferme ses yeux de ses doigts écartés. Puis sa main lourde, sans force, glisse le long de son visage et tombe lourde sur sa jambe pliée. 

 

13 - GÉNÉRIQUE - Champ - ext. Jour

Le champ de tournesols défile lentement...

Les yeux fermés, la pipe en coin, un sourire qui illumine son visage, André apparaît du bas de l'écran parallèle au sol, il semble glissé à quelques centimètres du sol.

Au même instant les premières notes de la contrebasse se font entendre.

Tandis qu'André continue de glisser en traversant l'écran, il mime avec ses mains le jeu de la contrebasse.

Et alors qu'apparaissent les premières notes de piano. Ahmed apparaît à son tour. Lui il est assis, mais son corps est parallèle au sol, comme allongé, mais il tient sur son siège comme si il était assis à la verticale. Et joue dans le vide sur un piano imaginaire.

Il glisse lui aussi ainsi, vêtue d'un queue-de-pie blanc, et joue en version jazz "Air de Bach", accompagné par André à la contrebasse.

Toujours en mouvement, une succession de plans de différentes valeurs, nous montrent leurs sourires, leurs mains qui remuent à peine comme sous l'effet d'une petite brise dans les doigts, et qui jouent cette musique.

Avant de disparaître l'un et l'autre en traversant l'écran de bas en haut.

Le champ de tournesols défile lentement...





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