1 - Garage entreprise – Int.jour
Le
visage d'Ahmed qui balaye, une casquette de l'entreprise
sur la tête. Ils sont immédiatement en mouvement.
Le patron semble poursuivre Ahmed, et celui-ci semble fuir.
Ils font une drôle de chorégraphie, Ahmed faisant
tout pour ne pas se retrouver face à face et bloqué...
essaye de l'éviter comme il peut.
Patron
J'ai
du boulot pour toi, mon gars. Quand t'auras fini tes trucs,
tu files à…
hum au numéro 22 de la rue Saint Juste.
Il
lui tend un bout de papier avec l'adresse et indique un carton
de télévision.
Ahmed
Pas
de problème m'sieur.
Patron
Hum…
ouais … bon c'est pour une télé. Faut
la lui ramener. Prends un plan pour trouver le lieu et surtout
pas de grabuge, ok ?
Ahmed
Oui
m'sieur.
Patron
J'compte
sur toi, mon gars !
Ahmed
Ouais,
pas de problème monsieur.
Chacun
de dos, Ahmed et son patron s'insultent mutuellement, discrètement
entre leurs dents.
Patron
Abruti.
Ahmed
Vieux
con.
2
- quartier pavillonnaire – Ext.jour
Au
volant d'une camionnette, Ahmed parcourt les petites rues à la
recherche de l'adresse indiquée. Il tourne, cherche,
fait demi-tour. Soudain apparaît devant lui une énorme
grille de fer.
Ahmed
Bordel…
Tout
au bout d'une impasse, derrière une grande grille,
une petite maison délabrée est perdue derrière
d'épais feuillage. L'endroit semble abandonné.
Pourtant, il s'agît bien du numéro 22. Ahmed
est descendu de voiture et cherche à travers les feuillage
une quelconque trace de vie.
Nulle
trace de sonnette, alors Ahmed pousse timidement la grille
qui s'ouvre. Il réajuste son pantalon, s'aplanit les
sourcils et fièrement s'avance vers la maison. Ahmed
traverse le jardin touffu et arrive sur le pas de la porte.
Peu
rassuré, il tape à la porte.
VOIX HOMME rauque (off)
Oui, oui me
voilà !… J'espère
que c'est important parce que, voyez vous…
La
porte s'ouvre et laisse apparaître un homme de soixante-dix
ans portant une
longue barbe blanche, grand et robuste, africain, le torse
nu bombé vers l'avant, il porte le burnous des spahis
algériens, leur coiffe, son pantalon bouffant bleu
est celui des tirailleurs sénégalais, et ses
pieds sont nus.
André
…Parce que je sors
des toilettes à l'instant. A mon âge…
Il
lui tend la main, solennellement, sans se rendre compte.
Ahmed gêné
n'ose lui serrer la main. Il se penche alors soudainement pour
lui faire la bise. André, surpris, continue.
André
Vous
êtes un de ces témoins de Jéhovah,
pas vrai. Vous n'êtes pas d'ici vous ?
Ahmed
Non…
André
Vous
me plaisez bien. Ça me change de toutes ces mêmes
têtes, tous des vipères ou des ânes. Vous
savez dans un endroit si clos, on finit toujours par s'ennuyer.
Les gens sont gris ici comme les matins d'hiver. Mais faut
dire que d'un autre côté, ici, on évite
les ennuis et l'environnement reste beau. C'est un choix à faire
tout de même. A mon âge tout de même, on
ne peut plus se permettre de batifoler à droite et à gauche.
J'ai
été obligé de me poser, moi, avec tous
mes problèmes. Si vous saviez…. La fatigue seule…
Ahmed
tente vainement de s'exprimer mais n'arrive à placer
sa phrase de manière polie. Il essaie de faire comprendre à son
interlocuteur son désir de rentrer en regardant par
dessus l'épaule de ce dernier, se penchant de droite à gauche.
André
…
me tiraillent les os. Mais je suis un vieux tirailleur. 10ème
RTS. J'ai sauvé la France. Je sais
qu'elle m'est reconnaissante.
Hier par exemple,
je me suis levé avec une telle douleur dans les jambes et au
fil de la journée, ça n'a cessé de s'amplifier,
lentement mais pourtant cruellement. Ça m'est monté au
torse, au bras, à la tête. Et puis enfin, c'est
rentré dans mon cœur, comme un coup de poignard.
Je me suis écroulé au sol sous l'impact de
la douleur. Ensuite j'ai pas pu dormir.
Enfin bon, m'en
parlez pas. Qu'en je suis parti aux waters, encore pire… Oh bonté divine,
j'ai failli oublier. Entrez donc, allez entrez…
3
- Maison ANDRÉ – Int jour
Il
le fait entrer et le conduit jusqu' au salon, petit mais rempli
de bric à
brac.
André
Attendez-moi
là. Je
dois finir mon affaire.
Il
s'en va. Ahmed le regarde partir, exaspéré et
dégoûté.
André (au loin,
criant)
Prenez vos aises. Profitez
en pour visiter.
Ahmed
s'exécute. Il regarde distraitement des tableaux, tapote
les meubles de bois et évalue du bout du doigt l'importance
de la couche de poussière. Il enlève sa casquette,
se gratte la tête, jette un regard tout autour de lui.
Il regarde l'escalier qui mène au premier, essaye de voir.
Rien, coincé.
Ahmed exaspéré se jette sur le canapé du
salon.
4
- Maison ANDRÉ – ext jour
Ahmed
ouvre sa camionnette et s'empare du carton qu'elle transportait.
André
Vous
êtes sûr que je peux pas vous aider.
Ahmed
Non, non je crois pouvoir
y arriver seul.
André
Faites attention, ça
glisse. Prenez le coin, là ! Le coin !
Ahmed
Lequel ? Où ?
André
Celui-là
! Non l'autre ! Passez-la…
Il
tente de prendre le carton tandis qu'Ahmed lutte contre. La
télé tombe au sol. Un bruit de craquement vient
ponctuer la chute. Les deux acolytes se regardent perplexes.
5
- Maison ANDRÉ – Int jour
La
télé, hors de l'emballage est examinée
par Ahmed. Il tente de l'allumer et n'obtient comme résultat
qu'un fin panache de fumée s'élevant par les
ventilations de l'appareil.
André
Vous croyez
que je pourrais voir la météo ce soir ?
Ahmed
J'en doute…
André
J'aurais peut-être mieux
fait de la porter moi-même. En somme…
Ahmed
se tourne vers lui, l'air agacé.
Ahmed
Écoutez, je vais devoir
la ramener. Heu je pense que cette réparation-ci ne
vous sera pas facturée. Bon j'suis vraiment désolé mais
je vais devoir y aller tout de suite. Ça fait déjà…
Il
regarde sa montre.
Ahmed
Trois…
Trois heures que je poireaute ici !
André
Vous savez c'est
pas grave j'ai toujours un poste au cas où. Celui-là
semble de toute façon bon pour la casse, vous pouvez
le garder.
Ahmed
le regarde, interdit.
André
Pars pas si
vite, mon petit. On n'a même pas eu le temps de faire
connaissance. Viens donc prendre un verre.
Ahmed
est déjà remonté dans sa camionnette et
démarre brusquement. André, le regarde partir,
mélancolique, au milieu de la route.
6
- garage entreprise – int jour
Ahmed
marche plus vite, poursuivi par son patron. Il est presque
collé à
lui, dans son dos. Ahmed tourne d'abord en rond, change de direction,
revient sur ses pas, regarde ailleurs, toujours poursuivi par
l'homme d'une cinquantaine d'années.
Patron
Tu te fous de ma gueule ?
Ahmed
Non.
Patron
Constipé. Il était
constipé ?
Ahmed
Oui
…
Patron
Non mais dis-moi à quoi
tu penses franchement, à quoi tu penses hein?
Ahmed (pour lui)
A ta sale gueule
sale pignouf…
Patron
T'es pas nouveau
ici pourtant ! Alors quoi ! Ça fait combien de temps
que t'es ici , hein ?
Ahmed (pour lui)
Trop longtemps à mon
goût.
Patron
Tu te crois
où, hein
? J'sais pas comment c'est chez toi mais ici y a des règles,
c'est pas la jungle ici, vu!
Constipé! Cooonnstipé !
Ha ! C'qui faut pas entendre !
Ahmed (pour lui)
Pleut tout le temps.
Patron
C'est qu'il en a de l'imagination
l'petit.
Ahmed (pour lui)
Tout est gris et froid.
Patron
Trouve mieux, c'est mon conseil.
Ahmed (pour lui)
Même les
gens y sont froids…
Patron
Et en parlant
de conseil, n'oublie jamais celui-là, mon petit, jamais: ici c'est
chez moi, et personne, personne, ne me marchera sur les pieds…
Vu !
Ahmed
Glacé
même.
André
Bonjour !...
Vêtu
d'une lourde couronne, d'un sceptre, d'une grande cape et d'un
parapluie ornemental.
André
Hé
mon petit ! C'est toi, ha, j'ai bien d'la chance... C'est
là un garçon formidable que vous avez...
Il a été admirable.
Il
lui fait la bise. Le patron d'Ahmed regarde la scène
médusé.
7
- Maison ANDRÉ – Int jour
Ahmed finit
de brancher les câbles du poste de télévision
d'André.
Ahmed
Et voilà ça
devrait être bon, cette fois ci.
André
Hé
j'espère bien ça fait deux semaines tout
de même que je poireaute…
Ahmed
Ça vous a pas empêcher
de venir chaque jour vérifier au local si le poste
était prêt.
André
Mais il fallait,
petit, il le fallait. C'est comme la fois où j'étais
politicien et que les Russes…
Ahmed
Vous avez déjà fait
de la politique, vous ?
André
Hé
quoi, pourquoi je ne pourrais pas ! On ne lit pas
dans les visages comme dans des livres ouverts, voyons
! J'ai une vie secrète, tu sais !
Ahmed
se redresse et allume la télé.
Ahmed
C'est bon, ça
marche !
Il
vient s'asseoir au coté d'André sur le canapé.
Regardant la télé et sans détourner les
yeux, il lui dit.
Ahmed
Une vie secrète hein
? Mais au rythme où vous les dévoilez vos secrets,
bientôt je les connaîtrai tous.
André
Alors
ça ! Sache mon petit que tu ne connais qu'une infime
poussière des détails qui ont jalonnés
mon existence rocambolesque. Et par ailleurs je préfère
que l'on me tutoie. Mon implication dans l'élaboration
du monde moderne tel que tu le connais, bien qu'inavouée,
reste parmi les plus importantes de toute l'histoire du
vingtième siècle. C'est moi qui devais libérer
Paris. Mais on m'a arrêté, ils ont préféré De
Gaulle et d'autres de ses amis qui lui ressemblaient. Et
moi ils m'ont arrêté à quelques kilomètres.
Ahmed
Sans aucun doute, ça
ne serait pas étonnant de la part d'un retraité
modeste qui habite dans un taudis sans nom, comme vous,
comme toi.
André
Hé
bien c'est avant tout pour la couverture. De plus je n'apprécie
guère que l'on insulte ma demeure. Certes c'est
désordonné mais c'est comme ma vie.
Il
se lève et s'approche des nombreuses piles de magazines,
revues, livres, feuilles, journaux ou autres qui jalonnent
le salon. Il attrape des documents au hasard, les observe distraitement
tout en parlant et les rejette sur une autre pile. Ahmed l'écoute
amusé, ces monologues théâtraux ne l'impressionne
d'ores et déjà plus.
André
Ha ma vie !
Une vie de misères.
Mes mésaventures m'auront usé jusqu'à
la corne. Regardes ces mains, elles ont traîné partout...
elles ont leurs propres vies, ces mains. Et la voilà leur
vie. Tout ça, tout ce que tu vois, autour de toi.
J'ai tout gardé. C'est mon musée ici. Regardes
ces objets et comprends moi. Ces livres, ces souvenirs,
ces dessins, ces notes…
Alors
qu'il continue de saisir ça et là des objets.
Soudain une feuille lui résiste, il tire avec force
et emporte dans son mouvement tout une pile. Les tas de souvenirs
s'effondrent et André est noyé dans une mer de
papier. La figure noire d'un piano apparaît au milieu
des décombres.
Ahmed
Ça va? Vous ne vous êtes
pas fait mal ?
André
Voyons, appelle
moi André.
Je t'appellerai Ahmed.
AHMED
C'est votre
vrai prénom
?
André
Oui, pourquoi ?
Ahmed
Je ne savais pas que tu avais
un piano.
André
J'en ai un en
effet. Un héritage.
Légué par un colonel mort au champ d'honneur à qui
je n'ai pas pu sauver la vie, mais qui dans son dernier souffle
voulut récompenser ma bravoure.
Il
se relève enfin avec difficulté et tousse.
Ahmed
Vous savez en jouer.
André
se dresse comme un I.
André
Bien sûr...
J'dois dire que je m'en tire pas trop mal. Des mois durant,
elle... me l'a appris.
Ces
yeux brillants partent dans ses douces pensées...
Ahmed
J'aurais aimé jouer
du piano.
André
Et bien pourquoi pas ?
Ahmed
Pourquoi pas quoi ?
André
Pourquoi n'en jouerais-tu
pas ?
Ahmed
Et bien heu j'ai pas le temps
tout simplement.
André
Quand on veut, on peut.
Ahmed
Je suis trop
vieux pour ça,
je n'y arriverais jamais.
André
Quand on veut,
on…
Ahmed
Oui peut être, mais
je n'ai même pas de piano.
André
Le mien est à ta
disposition.
Ahmed
Et les cours ! Il faudra les
payer les cours !
André
Je serais à ta
disposition !
Ahmed
Ha
ça non !
André
Comment
ça non ! C'est comme ça que tu me remercies
!
Ahmed
Non, non, mais merci...
André
Comment
ça ! Qu'est ce que tu insinues ?
Ahmed
Les histoires de batailles
et d'espionnage...
André
Oui ?
Ahmed
Enfin, c'est
surtout que quand vous êtes parti dans vos histoires…
André
Oui ?
Ahmed
Tu ne vas plus pouvoir parler.
André
Ha l'ingrat ! Je m'en doutais
!
Ahmed
Bon très bien… on
peut essayer… juste pour voir… après
tout.
André
Alors marché conclu
?
Ahmed
Marché
conclu.
André
Super ! Viens
quand tu veux, je suis toujours là et tu seras toujours
le bienvenu. Excellent, tu verras, je ferais de toi un virtuose…
Bon de quoi
on était
en train de parler avant ça ?
Le visage de Ahmed se referme.
8
- Maison ANDRÉ - inT. JOUR
André
et Ahmed sont assis côte à côte devant le
piano.
André
Chopin, opus
28, n° 15.
Ahmed
Chopin ?
André
C'est parfait.
C'est un fils d'immigré français en Pologne. Et sa mère,
polonaise, était femme de ménage.
Ahmed
Tu dis ça
pourquoi ?
André
La beauté est à tout
le monde.
Un
temps.
André
Alors...
André
s'apprête à jouer.
Ahmed
Y'a pas de partition ?
André
Pour quoi faire ? Tu sais
lire la musique ?
Ahmed
Non. Mais tu pourrais m'apprendre.
André
...
Ahmed
Tu sais lire une partition
?
André
Évidemment
!...
Ahmed
sourit.
Ahmed
Tu connais beaucoup de morceaux
?
André
Je connais celui-là,
c'est déjà bien.
Ahmed
l'observe incrédule, son allure, ses grands gestes pour
s'installer.
André
commence à interpréter gracieusement le début
du prélude...
9
- Maison ANDRÉ - int. Jour
Ahmed
joue maladroitement le même début.
A
plusieurs reprises, laborieusement Ahmed reprend.
André,
qui porte aujourd'hui un uniforme prussien, marche dans la
pièce une baguette en
acajou à la main, le buste droit, comme un commandant
germanique.
10
- MAISON ANDRÉ - iNT. JOUR
Ahmed
qui joue déjà mieux reprend la première
partie.
André
habillé d'un poncho recouvert de médailles, une
pipe à la bouche, parcourt le long de son mur les souvenirs
qu'il a accumulés...
11
- MAISON ANDRÉ - iNT. JOUR
Ahmed
finit de jouer la première partie encore maladroitement.
André,
la tête tournée vers le mur, se masse la nuque,
son regard est rêveur, il sourit, puis il devient plus
pensif...
Ahmed
est concentré et parvient à la fin du premier
mouvement et attaque le second avec grande difficulté.
André
sort de sa rêverie et le rejoint au piano. D'un geste il
lui demande de se pousser sur le coin du siège, ce que
fait Ahmed, et s'assoit à son aise.
Il
débute la seconde partie. Plus sombre, André la
joue avec force et énergie, les sourcils froncés...
Ahmed
le regard concentré, avec un sourire toujours incrédule
mais teinté
d'admiration.
André (s'
interrompant brutalement)
Tu vois. C'est simple.
Un
temps. Ahmed considère André...
Ahmed
T'es arrivé quand
en France ?
André
A
la libération
je
t'ai dit. J'ai failli libérer Paris.
Ahmed
Ah c'est vrai
j'avais oublié.
Et t'es resté ?
André
J'ai attendu qu'on me remercie.
Ahmed
rit, sévère André se tourne vers lui.
Ahmed
Oh pardon.
Il
reprend laborieusement.
12
- MAISON ANDRÉ - iNT. JOUR
Par
le montage, Ahmed et André se succèdent au piano,
interprétant chacun leur tour le morceau dans sa progression.
(Ceci ce déroule sur plusieurs mois tout en étant
très lié).
Ils
se succèdent aussi, dans leur errance dans la pièce,
tantôt pensif, tantôt absorbé par la musique,
observateur de l'autre, attentif, fier... Et puis à nouveau
sur eux-mêmes, regardant les souvenirs hétéroclites,
ou pensifs, profonds, suspendus, légers, graves, souriants...
Sur certaines photos on croirait reconnaître André plus
jeune. Les souvenirs eux-mêmes sont tours à tours
futiles, grinçants, amers, guignolesques...
Leurs
visages se succèdent devant le piano. Et le niveau d'Ahmed
se rapproche de celui d'André... Jusqu'à se rejoindre...
Ahmed dodeline maintenant du buste de la même façon
qu'André... Et doucement, il trouve son propre mouvement.
Debout
André regarde Ahmed, emporté... Il a un sourire
fier et serein. Quelque chose qui mélange la satisfaction,
et puis de la tendresse.
André
se tourne et s'éloigne doucement.
Il
est maintenant torse nu, une chéchia rouge sur la tête.
Il s'assoit sur le canapé.
Assis
sur le canapé, André s'affale. Comme seul maintenant,
il a l'air fier et digne, les yeux fermés, un petit
rictus au bord des lèves, puis serein.
Il semble un peu fatigué. Il sourit en écoutant
le piano. Il retire sa coiffe et respire profondément.
A plusieurs reprises ses yeux se ferment, comme de longs clignements,
de plus en plus longs. Parfois un sourire, parfois quelque chose
de plus mystérieux... Il monte sa main qu'il laisse légèrement
tomber sur le bas de son front, et en passant les doigts sur
son visage, il ferme ses yeux de ses doigts écartés.
Puis sa main lourde, sans force, glisse le long de son visage
et tombe lourde sur sa jambe pliée.
13
- GÉNÉRIQUE - Champ - ext. Jour
Le
champ de tournesols défile lentement...
Les
yeux fermés, la pipe en coin, un sourire qui illumine
son visage, André
apparaît du bas de l'écran parallèle au sol,
il semble glissé à
quelques centimètres du sol.
Au
même instant les premières notes de la contrebasse
se font entendre.
Tandis
qu'André continue de glisser en traversant l'écran,
il mime avec ses mains le jeu de la contrebasse.
Et
alors qu'apparaissent les premières notes de piano.
Ahmed apparaît à
son tour. Lui il est assis, mais son corps est parallèle
au sol, comme allongé, mais il tient sur son siège
comme si il était assis à la verticale. Et joue
dans le vide sur un piano imaginaire.
Il
glisse lui aussi ainsi, vêtue d'un queue-de-pie blanc,
et joue en version jazz "Air de Bach", accompagné par
André à la contrebasse.
Toujours
en mouvement, une succession de plans de différentes
valeurs, nous montrent leurs sourires, leurs mains qui remuent à peine
comme sous l'effet d'une petite brise dans les doigts, et qui
jouent cette musique.
Avant
de disparaître l'un et l'autre en traversant l'écran
de bas en haut.
Le
champ de tournesols défile lentement...