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- Vendredi 27 février - 20h au cinéma Atmosphère - Capdenac
- Samedi 28 février - 20h30 au cinéma Louis Malle - Prayssac
- Dimanche 1er mars - 18h au cinéma Le Quercy - Cahors
en présence de
Samuel Collardey
L'Apprenti
de
Samuel Collardey
France - 2008 - 35 mm - Couleur - 1h25
Avec Paul BARBIER, Mathieu BULLE
Site officiel du film
Mathieu, 15 ans, élève dans un lycée agricole, est apprenti en alternance dans la ferme de Paul, une petite exploitation laitière des plateaux du haut Doubs.
Outre l'apprentissage des méthodes de travail de Paul, Mathieu doit s'intégrer à la vie de la famille, prendre ses marques, trouver sa place.
Autour des gestes du travail, des liens se tissent avec Paul. Il apprend à son contact ce qui ne s'apprend pas dans une salle de classe. Car c'est aussi un père absent que Paul remplace...
Samuel Collardey a été lauréat de la Fondation Groupama Gan en 2006.
Le film a obtenu de nombreux prix :
- Prix Louis-Delluc Premier Film
- Prix de la semaine internationale de la critique à la 65e Mostra de Venise
- Prix Spécial du Jury, Festival International du Film Francophone de Namur 2008
- Bayard d'or de la Meilleure Première Oeuvre, Festival International du Film Francophone de Namur 2008
Plus d'infos sur ce film
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Samuel Collardey
Biographie
Samuel Collardey est originaire du Haut-Doubs où il réside. Après un BTS audiovisuel, il travaille comme technicien pour France 3 Région de 1999 à 2001, année où il intègre le département Image de La Fémis. Il est chef opérateur sur de nombreux courts métrages. Son film de fin d'études, Du soleil en hiver, diffusé à Gindou en 2005, a été primé dans de nombreux festivals. Il travaille comme réalisateur et chef opérateur.
Filmographie sélective
- Réalisateur : Du soleil en hiver (2005 - 17’), René et Yvonne (2004 - 20’)
- Chef opérateur long-métrage : Adieu Gary Cooper (2008) de Nassim Amaouche
- Chef opérateur court-métrages dont À deux (2005) et Tempête (2004) de Nikolay Khomeriki
Entretien avec le réalisateur
Vous avez fait La Fémis dans le département Image. Comment avez-vous été amené à réaliser L’APPRENTI, votre premier long métrage ?
Lors d’exercices techniques à La Fémis, je suis parti avec une caméra et 4 bobines de pellicule super 16 pour faire le portrait de deux petits vieux qui habitaient près de chez moi, en Franche-Comté. Puis, toujours dans le cadre de l’école, j’ai réalisé un court métrage : DU SOLEIL EN HIVER, qui portait en germes le sujet de L’APPRENTI et son dispositif de mise en scène : filmer un adolescent dans le monde paysan. Tourner en 35 mm, avec tout ce que cela suppose de contraintes techniques, d’attention portée à l’éclairage, au cadre, et de solennité pour ceux qui sont filmés, tout en cherchant à saisir le réel, ses imprévus, et la nature des gens.
Votre film brouille les cartes entre documentaire et fiction…
Ce n'est pas un but, ni une intention, c’est intuitif, c’est ma façon de filmer. Je comprends qu'on se pose la question. Comme spectateur, je suis comme tout le monde : je marche dans les histoires qu’on me raconte même si je sais que c’est de la fiction. Mais quand je fais un film, j’ai du mal à croire à mes personnages si c’est moi qui les invente. J'ai besoin de partir du réel. Si j’ai envie de raconter un personnage habité par le manque de père, je cherche dans la réalité une personne qui porte en lui cette question et je m'attache à faire son portrait. Bien sûr, je prends des libertés. Quand un peintre fait un portrait, il prend des libertés avec la couleur ou la perspective. L'important est qu'il vous fasse partager l'émotion qui a été la sienne face à la personne qu'il a eu en face de lui. Kiarostami disait que le cinéma c'est “une suite de petits mensonges pour raconter une grande vérité.”
D'où vient le désir de filmer en milieu rural ?
C’est le monde de ma famille. Je vis à la campagne, pas très loin de chez Paul et Mathieu, sauf que moi, je suis celui qui est parti faire des études à la ville, l’artiste, le réalisateur. On ne savait pas trop ce que je faisais. Mon statut était assez bizarre, mais le fait de faire des films sur ce monde rural me donne justement une fonction dans la communauté. Concrètement, je suis celui qui fait des films sur eux, celui qui les représente. Eux font du lait, moi je fais des films. Il est donc important pour moi qu’ils se reconnaissent dans mes films, que ceux-ci leur soient fidèles et accessibles. J'ai été marqué par Courbet, originaire d’ailleurs d’Ornans où j’habite. La révolution de Courbet a consisté à consacrer des grands formats, réservés habituellement aux scènes religieuses, à des scènes plus prosaïques, avec des paysans. Ce qui avait une portée à la fois artistique et politique. D’habitude, le 35 mm est réservé aux acteurs de cinéma. Moi, je m’en sers pour filmer Mathieu, Martine et Paul, pour filmer leur parole. J’avais envie qu’ils deviennent des personnages de cinéma. De manière plus générale, L’APPRENTI raconte aussi ce que devient le monde paysan, notamment dans la confrontation d’opinions entre les aînés et les jeunes qui vont prendre la relève. Les apprentis parlent d’“exploiter” et se moquent un peu de leurs maîtres de stage qui parlent de “cultiver”. C'est presque incidemment que le film aborde ces choses-là. Je ne cherche pas à relater les évolutions du monde paysan. Cela ne m'intéresse que parce qu'à un moment, c'est un sujet de conflit entre Paul et Mathieu, un enjeu dans leur relation.
Et d'où vient cette envie de raconter le lien d’un apprenti en mal de père et de son maître de stage ?
C’est assez autobiographique. Mon père est décédé quand j’avais treize ans, au moment un peu charnière où l’on sort de l’enfance. Comment se construit-on en tant qu’homme sans modèle ? Moi, je me suis un peu raccroché à toutes les personnes dont je croisais le chemin à ce moment-là. Je me suis construit grâce à des rencontres, parfois brèves. Paul, je n’ai pas l’impression qu’il prenne la place du père de Mathieu, mais à un moment donné, il sert de repère à Mathieu et l’aide à grandir, à comprendre certaines choses et continuer son chemin.
Comment avez-vous trouvé Mathieu et Paul ?
J’ai d’abord cherché la ferme qui allait accueillir l’apprenti pendant son stage, grâce à un membre de ma famille qui est maquignon et connaît donc tous les paysans du coin. Je l’ai accompagné dans son travail et je suis tombé sur Paul, qui m’a rapidement séduit. J'ai senti que cet homme ne prenait pas des apprentis pour avoir de la main d’oeuvre gratis, mais pour construire quelque chose avec eux. Il en reçoit peu car c'est chaque fois une expérience forte.
Et Mathieu ?
Je suis allé dans un lycée agricole près de chez moi, où j’avais déjà tourné mon court métrage et j’ai demandé à la directrice qu’elle m’organise des rencontres avec des lycéens qui devaient faire un stage l'année d'après. À la fin de la journée, je n’avais pas trouvé l’adolescent que je cherchais et j’allais partir quand Mathieu, qui n’avait pas été “casté” par la directrice, est venu de lui-même frapper à la porte : “On peut parler un peu ?” Mathieu avait 14 ans, il était très fragile à l’époque. Il avait besoin de parler, il s’est mis à pleurer, et m’a raconté toute sa vie. Il m’a touché. Ensuite, je suis retourné le voir chez lui, j’ai commencé à le filmer avec une petite caméra et assez rapidement, on a décidé que c’était lui. Pour L’APPRENTI, vous avez écrit un scénario…
Oui, qui avait la forme d’un scénario de fiction classique et qui a été nourri de choses que Paul et Mathieu pouvaient me raconter d’eux. Et aussi d’entretiens avec d’anciens apprentis de Paul. J’ai dû écrire pour formuler mon envie de filmer. Il me semblait important de mettre sur papier mes intentions avant de me confronter au réel. Mais dès la première semaine de tournage, j’ai rangé le scénario pour inventer le film au fur et à mesure. Je proposais aux protagonistes des scènes, une action ou un sujet de conversation. Les dialogues n’étaient pas écrits, l’idée était juste que ce que je leur propose soit le plus proche possible de ce qu’ils vivent réellement. Non pas leur demander d’inventer mais leur dire : “Je sais que tu penses ça, pourquoi n’en parles-tu pas avec lui ?” La scène où Janine engueule Mathieu en épluchant les pommes au sujet de la traite des vaches, c’est parce que je savais que Janine était énervée après Mathieu à ce sujet. Alors je lui ai dit : “Est-ce que tu serais d'accord pour lui dire en face ?” On a installé la caméra, les micros, l’éclairage et je leur ai dit : “C’est bon, ça tourne !”
Vous ne faisiez qu’une prise ?
Oui, il n’y avait pas de répétitions, on déroulait la scène, on tournait tant que je n’avais pas la scène, ou jusqu’au moment où je comprenais que je ne l’aurais jamais ! En général, les scènes les plus fortes sont des prises très courtes. J'aime cet aspect solennel de la pellicule : il faut que les choses se passent au moment précis où la caméra se met à tourner. On était toute la journée ensemble mais on tournait seulement pendant dix minutes, pendant lesquelles il s’agissait pour eux d’être intensément là. Et malgré le tournage, la vie continuait pour eux. J’avais un film à faire mais eux avaient une ferme à faire tourner !
Vous avez tourné sur plusieurs périodes…
Oui, on se calait sur les stages de Mathieu, qui était en alternance à l’école et à la ferme, tout en débordant pour pouvoir aussi tourner quelques scènes au lycée, avec sa copine, avec sa mère. On a tourné une semaine ou deux par mois pendant 10 mois. Le premier jour de tournage correspond à la première rencontre entre Paul et Mathieu. Et à chaque fois qu’on rentrait de tournage, on voyait les rushes et on réfléchissait sur les scènes suivantes à tourner : “Qu’est-ce qu’il faut filmer dans le prochain épisode ?”
Vous n’êtes jamais dans la captation, caméra à l’épaule, avec la volonté de voler des moments aux gens… On sent une présence au réel, mais aucune violence pour le saisir…
C'est le dispositif qui fait cela. On ne tourne pas de la même façon avec une petite caméra vidéo et le lourd équipement qu'induit la pellicule. Mais c’est surtout un vrai parti pris de mise en scène. Je ne voulais pas voler des moments de leur intimité mais plutôt les amener à interpréter leur propre rôle.
Propos recueillis par Claire Vassé |
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