Interview de Gilles Perret, réalisateur
Comment avez-vous rencontré Walter Bassan et quel a été le déclic pour lui consacrer un documentaire ?
Je connais Walter depuis que j'ai une dizaine d'années puisqu'il habite la même commune que moi et que mon père travaillait à côté de chez lui. Je connaissais son passé de résistant sans savoir vraiment ce qu'il signifiait. En grandissant, j'ai mieux compris. J'ai eu envie de faire le film avec lui parce que je suis toujours impressionné par sa droiture et son obstination à témoigner inlassablement.
Rencontrer un homme qui a eu des convictions politiques qui lui ont d'ailleurs coûtées cher dans les années quarante et le retrouver 65 ans plus tard avec les mêmes convictions, c'est plutôt rare en ce moment.., et plutôt rassurant aussi.
Comme le souligne Walter, les acquis du Conseil National de la Résistance (retraites par répartition, sécurité sociale. liberté de la presse...) sont battus en brèche
depuis plusieurs années par les décisions des gouvernements successifs sans que l'histoire de ces acquis soit rappelée ? Comment l'expliquez- vous ?
Cela reste un grand mystère pour moi. J'ai pu me rendre compte au cours de la tournée d'avantpremière du niveau de méconnaissance des spectateurs quant à la provenance de ces acquis. Rares sont ceux qui savent qu'ils proviennent de la résistance.
Plus généralement, il semblerait que pendant bien longtemps, sous différents prétextes, il était plutôt conseillé de ne pas rappeler que ces acquis du CNR étaient dûs principalement à l'influence des communistes ou des forces progressistes.
Alors que dans "Ma Mondialisation", portrait d'un petit entrepreneur face à la mondialisation, vous adoptiez un ton relativement distancié et pince-sans-rire, avec Walter, retour en Résistance, vous semblez beaucoup
plus offensif et engagé. D'où vient ce changement ?
Je crois que cela vient du fait que le sujet est plus personnel puisque ma relation avec
Walter est aussi forte qu'ancienne. Lorsqu'on fait un film avec lui, il est difficile de rester apolitique et distancié. Et puis je pense qu'aujourd'hui, nous n'avons plus le droit de se taire face à certaines dérives gouvernementales. La population est de moins en moins cultivée politiquement, et les techniques démagogiques et populistes ont de plus en plus d'emprise sur elle. On assiste à une régression sociale, une diminution des libertés, un accroissement
des inégalités, une récupération des symboles historiques, le tout bien emballé par une communication politicienne omniprésente, orchestrée de façon habile par notre Président de la République. Je crois que notre rôle de documentariste est demontrer et de dénoncer la supercherie.
Alors que des anciens déportés comme Maurice Rajfus
n'hésitent pas à comparer les techniques de rafle du Vel d'Hiv à celle de Calais aujourd'hui ou que des résistants comme Raymond Aubrac trouvent une continuité dans les pratiques de résistances d'hier et d'aujourd'hui, que répondez-vous à vos détracteurs qui vous accusent de pratiquer l'amalgame ?
Ceux qui parlent d'amalgame voudraient faire croire que le film consiste à comparer le nazisme et le sarkozysme. Évidemment, il n'en est rien. Les comparaisons se font sur le champ politique
uniquement. Rappelons que Walter a été déporté pour des raisons politiques, que le programme du CNR est un programme politique et que l'action que mène aujourd'hui le Président de la République est une action politique. Sur ce champ-là, nous avons le droit de faire des comparaisons et de poser des questions. C'est sûr que les réponses ne sont pas favorables à ceux qui parlent d'amalgame et qui préfèreraient que l'histoire de la résistance soit plongée dans du formol. |